Voyage en terre de vieillesse de la Compagnie La TraverScène, une bal(l)ade contée toute en tendresse.
Julien Daillère a une qualité immense et rare : ce n’est pas un escroc. Lorsqu’il crée, il le fait avec une intention suspendue toujours en quête de cet équilibre fragile qui fait la beauté de l’humain et du comédien. Il joue quand il peut jouer et ne joue pas quand il ne faut pas jouer, il joue à ne pas jouer le reste du temps et c’est drôle, touchant, habile, doux, beau.
Dans ce Voyage en terre de vieillesse en cours de création, le patchwork scénique juxtapose des moments vécus par Julien dans ces multiples immersions en « terre de vieillesse », mais aussi des bulles imaginaires, des interrogations personnelles sur le temps. Entre enregistrements saisis, jeux participatifs avec le public, chanson, danse, poème, on suit la balade des gens très vieux, et la ballade des gens quand même heureux.
On se régale à suivre le personnage polymorphe, tantôt soignant, kiné, artiste, résident ou simple incarnation d’un affect, d’une rencontre. La balade nous promène très tendrement d’une anecdote à une autre, le feel good n’est pas une tromperie, c’est une affirmation. Julien Daillère a fait de multiples veillées, il a écouté, il a vécu vraiment dans les Ehpad, il met son intelligence et son art au service d’une passerelle entre cet espace qui nous semble si lointain tant qu’on a pas à le fréquenter. La tendresse esthétique est une de celle que je préfère, elle choisit toujours juste mais il n’est pas facile de l’exercer sans mentir un peu. Ce voyage se propose comme un voyage, il ne ment pas. La balade se mue en ballade.

Ce n’est pas un documentaire social et politique sur les fonds de pensions, ni sur le business de la vieillesse, ni sur la solitude du temps qui passe, mais une proposition fabuleuse. Fabuler pour réenchanter ceux qui travaillent là-bas, ceux qui y vivent aussi, pour donner une chance à ces lieux qui sont devenus – en occident – une étape de l’existence presque obligatoire pour une grande partie de la population.
Julien Daillère propose le temps de ce spectacle la possibilité de la joie, la possibilité de la douceur, la possibilité du soin et de la tendresse envers la vieillesse qui est une terre promise pour tous les chanceux qui ne mourront pas avant.
Dans un dispositif ingénieux et une création lumière et musicale poétique, on fait le voyage avec lui, on a le sourire paisible, on sait qu’il nous fait rêver et il faudrait être sacrément fielleux pour bouder le plaisir de ce voyage porté par un créateur aussi talentueux que Julien Daillère.
dalie Farah
PROCHAINES DATES A NE PAS RATER- LA COUR DES 3 COQUINS
Vendredi 6 mars 14 h 30
Samedi 7 mars 20 h
Solo coopératif de Julien Daillère- Scénographie : Yolande Barakrok- Réalisation scénographique : Yolande Barakrok, Laurette Picheret, FlyPix- Costumes : Laurette Picheret, assistée de Brigitte Lénat- Regard extérieur chorégraphique : Eun Young Lee- Conseil tissage : Céline Camilleri- Lumière : Pierre Levchin - Musique originale : Combinaison / Thibault Ralet- Production : Marie Concessa
Voyage en terre de vieillesse | La TraverScène




