Théâtre

Ce qui me passionne c’est le réel, et mon théâtre est essentiellement documentaire dans le sens où j’essaie de proposer des voix et des bouts de réel via un travail de recueil de paroles, d’enquête sur le terrain, dans les archives. Dans la composition et l’écriture, j’utilise la fiction pour structurer une pièce ou apporter un éclairage, un sourire, une malice. Mon théâtre se veut un théâtre qui pense et fait penser, un théâtre qui ne console pas du réel par la diversion, mais par la pensée et le gain de vitalité. Dire les choses comme elles sont ce n’est pas tuer l’espoir, c’est bien au contraire offrir une force supérieure aux faux-espoirs : la force de vie pour retourner dans le réel et poursuivre son geste vital quel qu’il soit.

Les commandes de textes se font au bouche à oreille, si vous êtes intéressés contactez- moi un peu en avance !

Qu’est-ce que Gens de… ?

Dans mes années d’étude j’ai découvert Gens de Dublin, ce recueil de Joyce m’a marquée tant par son esthétique que par son sens tragique, mystique et social. Comme les gens de Dublin de Joyce, je n’ai jamais quitté Clermont-Ferrand. J’aime ma ville, elle recèle pour moi des possibles infinis de littérature. C’est pour cela que j’ai initié ma série avec un Gens de « Clermont. »

Comme écrivain public, ma démarche est d’écrire pour. Non pas « au nom de », ni même « à la place de », mais de mettre au service des habitants un artisanat qui m’est cher : l’écriture. Ainsi, je travaille très souvent avec des associations ou des instances qui ne sont pas à proprement parler des lieux de production culturelle. Selon la philosophie des « nouveaux commanditaires », tout groupe social peut appeler à la création d’une œuvre. L’art est dans la ville, dans les gens, je l’ai toujours su.

Mon plaisir est d’écrire sur-mesure dans la contrainte du réel, des personnes qui se confient à moi et de celles qui incarnent mes textes.

Ecrire les gens de… pour dire et accompagner tous les gens

A travers le récit singulier, l’expérience de chacun, le spectateur peut saisir une réalité dans sa complexité, son ambivalence. Il peut alors amorcer un dialogue avec sa propre expérience : il n’est pas seul face à son histoire, il partage des joies et des peines avec d’autres. Le récit permet une catharsis et une réflexion personnelle.  L’autre devient le miroir de soi, c’est troublant mais cela apaise.

« Les gens » sont des gens, ni des héros, ni des martyrs, des êtres qui font ce qu’ils peuvent pour affronter les épreuves et trouver une manière de vivre la moins douloureuse.

Comment se passe le recueil de paroles ?

Le passage de la voix à l’écriture est un passage de transformation que je vois comme un acte artisanal de proximité. Le recueil est fondé sur un lien don/contre-don : lors d’un échange les personnes offrent leur mots et j’offre les miens. Sous forme de rendez-vous ou de manière aléatoire, seul, en duo ou en groupe, je prends en notes ce qui est dit et j’opère ensuite dans la foulée l’écriture du texte. J’élabore un travail d’écriture, ce n’est pas une retranscription mais une réécriture qui me permet de composer un texte qui raconte mais aussi analyse un sujet.

Gens de Clermont
  • Gens de Clermont I : L’entre deux villes
  • Gens de Clermont III : De l’amour et de la rupture amoureuse – Ruptures et petits plats
  • Gens de Clermont IV : Du travail social et de l’entraide – L’amour ne suffit pas
  • Gens de Clermont V : De l’habitat, du relogement dans les quartiers populaires – C’est ici que je vis
  • Gens de Clermont VI : De la lecture – Lis ou jette des pierres au soleil
  • Gens de Clermont VII : De la migration au féminin – Elles migrent
  • Gens de Clermont VIII : De l’hospitalité – Chez moi comme chez vous
  • Gens de Clermont IX : Du spectacle – Le chat qui joue n’est pas un ours qui danse
  • Gens de Clermont X : D’amour et d’exil
Gens de Cournon
  • Gens de Cournon I- Eveils solidaires
  • Gens de Cournon II : destin de femmes de 18 à 25 ans – Fières !
En projet :
  • Gens de… Limoges
  • Gens de… Chambéry
  • Gens de… Nantes
  • et d’autres Gens de Clermont !

L’apocalypse de Suzanne

Un Feydeau philosophique sur l’amour et le couple

Un matin, Suzanne, 70 ans, est prise d’un vertige : et si sa vie n’était pas celle qu’elle aurait dû vivre ? Si tout était faux autour d’elle ? Ancienne prof de philosophie, mariée à Jacques, ancien ingénieur, elle accueille Antoine pour le week-end. Antoine a 45 ans, il est venu demander de l’aide à ses parents, il est amoureux d’une femme. Qui n’est pas la sienne.

Cette pièce explore les troubles amoureux au 21ème siècle. Quelle liberté pour aimer ? Quelles vérités dans l’amour à une époque où la peur est partout. Y a-t-il des joies possibles en dehors des héritages du passé ? Comment les êtres sont-ils enfermés, aliénés pour pouvoir se protéger ? L’amour est mystique et Suzanne envisage l’apocalypse comme un recommencement.

La lecture théâtralisée du 31 janvier 2023, orchestrée par Bruno et le Cyclique théâtre, a permis aux spectateurs de vivre le rire d’une pièce qui prend des accents de vaudeville pour célébrer une métaphysique vitaliste.

Bruno Marchand - Jacques
Julie Binot - Suzanne
Philippe Durand - Antoine
Cheryl Maskell - Stéphanie

Le Kakistocrate

Le Kakistocrate est un seul en scène porté par le comédien Philippe Durand qui nous raconte la kakistocratie : le pouvoir des médiocres. Dans un contrepoint entre le récit de sa vie amoureuse, son amour de la basse et les arcanes de la kakistocratie, il propose une voie possible d’être dans un monde contemporain aveuglée par le désir de performance.

« Lorsque l’on chemine dans la vie, que l’on travaille, on finit par se rendre compte qu’il y a un discours sur la compétence et LA réalité. (…)On voit alors ces personnes, au plus haut de l’entreprise, au plus haut des responsabilités et l’on s’interroge : Comment ont-ils pu gravir les échelons de la société sans aucune compétence ? Comment sont-ils arrivés à un tel niveau de réussite dans jamais rien avoir réussi ? (…)ceux dont l’action est déterminante, vitale pour l’entreprise, réussissent à se maintenir alors que tout, absolument tout en eux est mauvais. Leurs choix, leurs comportements, leur management, tout est nul, ils sont nuls, absolument nuls mais ils dirigent. (…) Ceux qui grimpent sont mauvais. Les pires. Kakistos. Ce sont des Kakistocrates sans le savoir. »

En cours de production… à suivre !

Jean Zay – L’anniversaire

Texte choral à dire– pour une classe, un groupe, un duo, un trio

Je travaille à Thiers dans un lycée qui s’appelle Jean Zay. On peut admirer son architecture art déco depuis l’autoroute qui va à Lyon et à Saint-Etienne. J’y suis depuis la rentrée 2007. J’ai eu l’occasion de fêter les 80 ans du lycée et en 2023, ce fut les 90 ans. Ces années ont filé mais la personnalité de Jean Zay demeure une forme de totem dans ce lycée de culture technique et industrielle.

J’en aime les larges couloirs, les hautes fenêtres, la camaraderie technique et les personnalités décalées qui traversent les salles au gré des mutations du personnel. J’y ai quelques blessures mais aussi des joies fraternelles et enseignantes.

La figure de Jean Zay est une figure à part dont j’ai fait connaissance grâce au nom de mon lycée et j’ai été troublée de la personnalité, du parcours de cet homme idéaliste, radical socialiste. Je me retrouve dans sa foi dans l’art et la beauté, la littérature, le cinéma et le théâtre, sa conviction envers l’éducation populaire. Qui n’a malheureusement pas pris racine dans l’éducation nationale. Les murs et les gens peuvent faire la beauté du lieu mais je ne suis plus convaincue du dispositif scolaire sources de bien des inégalités.

Pourtant, c’est bien dans mon lycée et depuis mon lycée que ce petit texte est né. J’avais envie que les élèves puissent connaître cet homme, ses idéaux et les tricheries fatales qui entourent sa mort. J’aurais voulu en savoir plus sur Jean Zay pour ne pas faire œuvre de propagande morale, il n’est jamais juste de transformer les hommes en saints. Je me suis servie de sa biographie, de livres sur lui, de vidéo, de documents radiophoniques et j’ai utilisé l’humour pour donner une épaisseur humaine à cet homme dont la dépouille repose désormais au Panthéon. L’héroïsme a le défaut de transformer la chair en symbole et de la maltraiter.