Sous nos regards- Récits de la violence pornographique. A paraître le 11 avril 2025.

Sous nos regards- Récits de la violence pornographique. A paraître le 11 avril 2025.

Depuis quelques mois, des procès historiques jalonnent l’actu et remettent en cause une culture et une impunité des agressions sexuelles subies par les femmes. Les combats féministes, le courage de victimes silencées, d’associations, d’un journalisme d’enquête, de l’art aussi, d’un ensemble de facteurs ont allumé les projecteurs sur les mécanismes systémiques des violences faites aux femmes. A chaque fois d’ailleurs, on pense que la limite est atteinte, que là, c’est bon, que bon, maintenant, quand même… et un autre fait surgit…et encore un autre et encore, et encore des corps, et encore des corps de femmes suppliciées, encore des corps, encore… Pourquoi ?

Pour le comprendre, il suffit de lire un livre collectif auquel j’ai participé.

Sous nos regards- récits de la violence pornographique.

L’industrie du porno est une industrie dont la puissance économique et culturelle commet des dégâts démesurés dans la plus grande impunité sur des femmes, des désirs et des imaginaires.

Je me suis engagée dans ce travail non pour porter un jugement moral, mais pour participer avec toutes les autrices aux récits de violences sous-documentées : les violences pornocriminelles. Pour composer cet ouvrage, quinze écrivaines ont rencontré quinze plaignantes de deux procès historiques contre l’industrie du porno. Quand nous évoquons des violences, elles sont équivalentes à des tortures. Ces procès seront historiques et vont – comme tous les procès qui incriminent des agresseurs multireconnus et multirécidivistes dans le réel et jamais devant la loi- déchainer contre les victimes une violence inouïe à proportion des enjeux.

Le livre n’est pas là pour donner injonction à qui que ce soit de quoi que ce soit mais pour FAIRE RECIT de CE QUI EST.

Les faits sont là : les quinze plaignantes ont subi des violences insoutenables filmées qui ont donné des images masturbatoires à d’autres. A la violence des tournages pornocriminels, s’ajoute la violence sociale de ces vidéos diffusées sur des plateformes sous couverts de faux-contrats et de chantages crapuleux.

Elles sont quinze mais combien ne seront jamais reconnues comme victimes et libérées de ces violences ? Elles sont quinze et sont des légions de femmes dont le corps est capitalisé au bénéfice d’industriels milliardaires qui ordonnent leur empire en esclavagiste des temps modernes. Il y a une guerre contre le corps des femmes, tous les récits le montre, les rushs des vidéos, les témoignages des acteurs/réalisateurs qui métaphorisent ces corps de femmes : « de la viande », des « putes », des « salopes », « cum bags »…

Ce livre peut faire peur, il ne doit pas faire peur aux alliés du combat, il doit faire peur à ceux qui commettent ces violences et informer ceux qui y participent sans le savoir.
C’est un manifeste sorore de défense légitime.

Le combat à mener est celui du récit vrai, de la réalité des faits, des culpabilités reconnues ; il ne s’agit pas de détourner le regard des violences dénoncées après avoir contemplé ces mêmes violences sans en connaître les coulisses.

D’accord, c’est rude, mais c’est regarder les faits en face, oui, c’est difficile, mais c’est la possibilité de défendre ce qui est juste. C’est pénible, oui, on regarde le réel en face, on le dénonce et on passe le message à son voisin, et l’on est moins faible. L’impunité ne se combat dans le silence, nous le savons, elle ne se combat pas par la peur du réel et des faits, nous le savons aussi.

Sous nos regards- récits de la violence pornographique, est un objet social, littéraire et politique issu d’un collectif de femmes parce qu’on veut que la force change de camps. Il n’y a qu’une seule manière : le nombre.

Alors soyez nombreux et nombreuses à nourrir avec nous cette force commune contre les violences faites aux femmes.

Chaque écrivaine a écrit selon son art, son esthétique et l’échange avec une plaignante. Marine Bachelot Nguyen, Béatrice Bienville, Adélaïde Bon, Nadège Cathelineau, Agathe Charnet, Pauline Delabroy-Allard, Ixchel Delaporte, Hélène Devynck, Diaty Diallo, Karima El Kharraze, Carole Fives, Alice Géraud, Myriam Leroy et Agnès Vannouvong ont chacune rencontré une plaignante.

Ces récits sont encadrés par deux textes écrits par une journaliste et une historienne Christelle Taraud, Lorraine de Foucher.

Avec aussi la participation de Stephanie Khayat

A partir des récits de Loubna, S., Pauline, Noëlie, Claire, Mélanie, Y., Amélie, A., Alex, Alice, Émilie, C., Hélène, Niya et M.

Les droits d’autrices et les bénéfices générés par la vente de ce livre sont reversés à la Fondation des Femmes, afin de soutenir les associations qui aident les victimes des violences pornocriminelles.

Aux éditions du Seuil.

dalie Farah

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