Miroir, oh mon beau miroir, dis-moi que tout va bien et que tout ce qui va mal vient de la Gauche et des Palestiniens et des Zarabes (sauf les riches) et des féministes et des écologistes et des vegans et que la droite extrême et l’extrême droite vont sauver le monde (et les Soudanais pour semblant) en éradiquant les gens de Gauche et les Palestiniens, les Zarabes (sauf les riches), les féministes, les écologistes, les végans et toute la planète. S’il te plaît, gentil miroir.
Je ne suis pas fan du traitement sexiste de la sorcière Disney. Pas fan du tout de cette idée de narcissisme féminin et cette manière d’affirmer la laideur de la vieillesse des corps féminins. Mais. Il est intéressant de noter que cette femme de pouvoir aime le monde tant qu’elle pense le dominer, tant qu’elle pense qu’elle EST le modèle dominant, tant qu’elle pense que le miroir ne voit qu’elle comme possibilité de critères de beauté.
On aime le miroir de vérité tant que la vérité nous convient, mieux, on l’aime quand la vérité nous est favorable. En fait, la Reine n’aime pas la vérité en elle-même, si elle l’aimait vraiment, elle aimerait aussi celles qui ne lui sont pas favorables. La Reine aime son reflet.
Depuis plusieurs semaines des faits épinglés en polémiques ont traversé le fil d’informations qui arrivent jusqu’à moi, biaisées par l’algorithme Meta, j’en conviens.
En vrac : la maison d’édition La Fabrique attaquée par un « journaliste » du Point, un colloque annulé et déplacé, des universitaires attaqués, des librairies parisiennes attaquées par les subventions, d’autres vandalisées…
On n’est pas d’accord avec tout mais on est toujours moins con après avoir lu un livre de La Fabrique, ce qui est plus improbable avec la lecture du Point. Pourtant, la propagande extrême-droitière fait mouche, elle vient flatter et nourrir les angoisses de tous, le drapeau rouge est sanglant, celui de Gaza et de ceux qu’on a surnommé les « pro-palestiniens » pour ne pas avoir à dire les anti-génocide et se déterminer soi comme « pro-génocide » sont donc les Ennemis.
Accuser La Fabrique de « révisionnisme » c’est comme accuser le chat d’aboyer. Ça n’a aucun sens. C’est le même renversement dans tous les combats, ceux qui font du révisionnisme accusent (en gueulant) l’autre d’en faire, ceux qui ont la trouille rejoignent ceux qui gueulent parce qu’ils leur ressemblent et préfèrent se distancer des PAKOMMEUX. Je ne perdrai pas une minute de mon temps – où je pourrai lire un des opus de La Fabrique – pour tenter de convaincre un mur qu’il a tort d’encourager les bulldozer et qu’il finira par tomber tout arrogant qu’il est. Mais si ce mur veut lire ce texte, il est le bienvenu, comme tous les parpaings de ce monde. La Fabrique est une des Maisons d’édition majeure dans la production d’Essais qui pensent et qui ne pensent pas tous pareils qui plus est, c’est là l’intérêt de la pensée, elle est mouvante, dynamique, incertaine et hésitante, elle est vivante. (Je ne parle pas des Essais qui éructent que l’on trouve principalement ailleurs).
Les accusations contre cette maison d’édition ne sont pas surprenantes si on prend du recul. L’extrême-droite a toujours été séduisante dans ses anathèmes et dans sa vocation à inventer des ennemis. L’invention de l’ennemi, c’est la base quand tu n’as aucun projet politique sinon ton propre pouvoir. On a construit des empires sur cette seule force. La nouveauté, c’est cette droite qui fait semblant de se croire belle en son miroir et refuse qu’on la taxe de révisionniste, de raciste en l’étant quotidiennement.
Demandez à Trump, il excelle dans ce jeu avec une sincérité rafraichissante car il se fout de la gueule de tout le monde, il y a des jours où on ne sait si on doit en rire ou en pleurer. Ce qui est appréciable chez lui c’est qu’il traite quasi tout le monde en ennemi selon ses pulsions et ses intérêts. (sauf peut-être ses alliés richissimes). Il n’a pas honte d’être appelé fasciste, lui, les miroirs ça fait un bail qu’ils les a remplacés par des portraits de lui. Il est clair et il est net : son seul internationalisme est celui de l’argent (en priorité le sien). Ce qui n’empêche que le monde qui crève la dalle l’écoute et le suit comme un messie.

Bref.
A Paris, les librairies indépendantes sont menacées aussi, on accuse l’une d’elles de je ne sais quoi de dégueulasse et de faux comme d’habitude. Je ne dis rien des universitaires, des colloques, de toute expression intellectuelle qui est accusée des pires hontes de la part de ceux qui sont la honte même.



Quel point commun entre toutes ces affaires? Pourquoi ces analogies et ces accusations immondes balancées la main sur le cœur et le doigt dans le cul de son voisin ? (pardon) Par détestation des miroirs. Du réel. De la vérité. La Sorcière ne peut empêcher le miroir de dire la vérité, la solution est toute trouvée : tuer Blanche-Neige.

Est-ce que j’écris que la Gauche, les Palestiniens, les Zarabes (sauf les riches) les féministes, les écologistes et les végans sont des saints innocents ? Non. Ce texte n’est pas un sermon, c’est de l’hygiène intellectuelle.
L’hygiène intellectuelle n’est pas le tri et la censure, ce n’est pas la morale, l’hygiène intellectuelle, c’est la dialectique. Pourquoi ? Pour ne pas devenir fous et nous entretuer. Mon camp, vous le connaissez : c’est le vitalisme et au nom du vitalisme, il faut protéger et soutenir les forces qui désirent la paix, l’entraide, la solidarité, la justice, la protection des vulnérables, l’égalité, les vivants et le vivant et surtout – pour moi c’est le critère : les enfants.
Même s’il y a parmi des auteurs de la Fabrique, des universitaires, des libraires….peut-être vos adversaires politiques, il faut soutenir l’expression libre et pluraliste. Parfois vous n’aimerez pas votre reflet. Il m’arrive très souvent de me voir moche, mais cette vérité ne me blesse jamais, elle me fait grandir, elle m’augmente, me donne de la puissance. Depuis plus de deux ans, je ne sais pas vous, mais moi, je me trouve souvent moche.
Aimer la vérité, c’est aimer le miroir parce qu’il dit la vérité, non parce qu’on se trouve beau dedans. La grandeur de l’humanité est d’avoir été capable par accident ou nécessité d’apercevoir ses laideurs et de les reconnaitre. A chaque fois, cela a pu la sauver.
dalie Farah